Un vaste parc, mais un enjeu très concret pour le nord-est ivoirien

Au nord-est de la Côte d’Ivoire, le Parc national de la Comoé ne se résume pas à une carte postale de savane. Il concentre un enjeu très concret : préserver une eau, une faune et des usages du territoire dans une zone où les pressions agricoles, la circulation des hommes et les effets du climat se croisent de plus en plus. Dans un pays où la capitale est Yamoussoukro mais où l’activité économique pèse fortement sur Abidjan et les régions intérieures, ce parc rappelle qu’un espace protégé n’est jamais isolé de son environnement humain.

La Comoé occupe aussi une place particulière dans l’espace ouest-africain. Elle appartient à cette catégorie rare de grands réservoirs naturels qui dépassent les frontières administratives et servent de refuge à des espèces devenues fragiles ailleurs. Pour la Côte d’Ivoire, ce site est à la fois un patrimoine naturel, un marqueur de souveraineté écologique et un laboratoire de gestion partagée avec l’Office ivoirien des parcs et réserves, l’OIPR, qui pilote la protection des aires protégées du pays.

Un site inscrit, retiré de la liste du danger, puis remis au travail

Le Parc national de la Comoé a été créé en 1968. Il a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983. Le site couvre environ 1 149 450 hectares, soit près de 11 500 km², ce qui en fait l’une des plus vastes aires protégées d’Afrique de l’Ouest. L’UNESCO le décrit comme une zone située dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, entre savanes, forêts galeries et plaines traversées par le fleuve Comoé.

Le fleuve qui donne son nom au parc prend sa source au Burkina Faso avant de traverser la Côte d’Ivoire. Ce détail compte, car il rappelle que la gestion de la biodiversité ne s’arrête pas aux bornes d’un État. Le bassin versant organise les sols, l’humidité, les couloirs de circulation de la faune et la résilience des paysages. Dans le parc, cette dynamique crée une mosaïque d’habitats qui soutient une biodiversité remarquable.

Le site a pourtant connu une période sombre. Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2003, il en a été retiré le 4 juillet 2017. L’UNESCO et l’UICN ont alors salué les progrès réalisés, notamment la remise en place d’une gestion plus efficace, la reprise du suivi scientifique et le renforcement de la surveillance. Cette décision n’a pas réglé tous les problèmes, mais elle a confirmé que la restauration d’un grand parc africain est possible quand l’État, les techniciens et les partenaires de conservation travaillent dans le même sens.

Une biodiversité dense, mais exposée aux pressions humaines

La Comoé se distingue d’abord par la variété de ses milieux. L’UNESCO évoque une grande diversité de plantes et d’habitats, tandis que les documents liés au site rappellent la présence de savanes, de prairies, de forêts galeries et d’îlots forestiers. Selon les données de présentation du parc, on y recense plus de 500 espèces de plantes, environ 135 espèces de mammifères et plus de 500 espèces d’oiseaux. Ces chiffres doivent être compris comme des ordres de grandeur issus du suivi du site, mais ils suffisent à montrer l’importance biologique du parc.

Le parc abrite encore des espèces emblématiques comme l’éléphant, l’hippopotame ou le lion, mais aussi des antilopes, des buffles et de nombreux oiseaux liés aux zones humides et aux galeries forestières. Pour les chercheurs, la Comoé est un espace d’observation rare, car elle permet de suivre la transition entre la savane soudanienne et les formations forestières plus méridionales. Pour les habitants des périphéries, elle reste aussi un espace où se jouent l’accès à certaines ressources, la régulation de l’eau et la circulation de la faune.

Mais cette richesse a un coût de protection. Le braconnage, les occupations agricoles, la pression sur les marges du parc et l’instabilité sécuritaire dans certaines périodes ont fragilisé l’aire protégée. L’histoire récente de la Comoé montre qu’un site peut gagner en reconnaissance internationale tout en restant vulnérable localement. Les grandes décisions de conservation ne tiennent que si la surveillance de terrain, le financement et l’adhésion des communautés suivent.

Ce que la Comoé dit de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest

La portée du parc dépasse la seule Côte d’Ivoire. Dans l’espace de la CEDEAO, les aires protégées jouent un rôle stratégique face à la baisse de certains habitats, à la pression démographique et aux aléas climatiques. La Comoé est un exemple utile parce qu’elle relie biodiversité, recherche et gouvernance publique. Elle montre qu’une aire protégée n’est pas seulement une zone interdite ; c’est aussi un outil de stabilité écologique et un levier de connaissance pour la région.

Ce site a aussi une valeur symbolique pour le continent. Le retrait de la liste du patrimoine en péril, en 2017, a été présenté comme une réussite collective en Afrique de l’Ouest et centrale. L’épisode a montré qu’un parc africain peut sortir d’une trajectoire de dégradation lorsque l’État, les partenaires techniques et les gestionnaires locaux s’alignent sur des objectifs concrets. À l’échelle panafricaine, cela compte : les politiques de conservation sont souvent jugées à l’aune des crises, alors que des résultats durables existent aussi sur le terrain.

La suite se jouera dans la durée. En avril 2026, la direction de zone nord-est de l’OIPR a réuni à Bouna les acteurs impliqués dans la gestion du parc, signe que la gouvernance locale reste active et que le suivi doit rester régulier. C’est là que se joue l’avenir de la Comoé : dans la capacité à maintenir un équilibre entre conservation, activités humaines en périphérie et financement stable. Pour la Côte d’Ivoire, le parc reste un test de crédibilité environnementale. Pour l’Afrique de l’Ouest, il reste une référence.