Un groupe serré, deux matchs déjà décisifs
À Casablanca, la phase de groupes de la CAN féminine 2026 prend vite des allures de tri à la fois sportif et psychologique. Dans le groupe D, le Ghana et le Cameroun arrivent lancés après leur victoire d’ouverture. Le Mali et le Cap-Vert, eux, jouent déjà gros avant même d’avoir atteint la mi-parcours de la poule. Le contexte est simple : dans une compétition qui sert aussi de qualificatif africain pour le Mondial féminin 2027 au Brésil, chaque point pèse lourd. Les quatre demi-finalistes obtiendront un billet direct pour la Coupe du monde, tandis que deux autres équipes passeront par un tournoi de barrage de la FIFA.
Le calendrier publié par la Confédération africaine de football confirme la tenue de ce groupe entre Rabat et Casablanca, avec Ghana-Cameroun au stade Moulay Rachid le 2 août et Mali-Cap-Vert au stade Larbi Zaouli le même jour. Les deux rencontres s’inscrivent dans une édition reprogrammée à l’été 2026 et disputée au Maroc du 25 juillet au 16 août.
Le choc Ghana-Cameroun, une opposition de mémoire et de méthode
Le premier rendez-vous oppose deux sélections qui connaissent la compétition et ses exigences. Le Ghana, finaliste malheureux à trois reprises, cherche toujours un premier sacre continental. Le Cameroun, lui aussi plusieurs fois finaliste, poursuit la même quête. Cette similarité donne à la rencontre une portée particulière : deux habitués, deux projets, une même urgence de concrétiser une présence régulière au sommet du football féminin africain. La CAF rappelle d’ailleurs que le groupe D réunit Ghana, Cameroun, Mali et Cap-Vert dans une poule annoncée comme l’une des plus relevées du tournoi.
Le Ghana a lancé son tournoi par une victoire 2-0 contre le Cap-Vert. La CAF a indiqué que Doris Boaduwaa avait ouvert le score dès la 6e minute, avant un but contre son camp d’Eleia Vieira à la 54e minute. La même rencontre a aussi vu l’expulsion de Kleydiana Borges dans le temps additionnel. Africanews a, de son côté, replacé le groupe D dans le paysage général de la compétition, en rappelant le retour du Ghana dans un groupe où le Cameroun, le Mali et un Cap-Vert débutant forment un ensemble compact et sans marge.
En face, le Cameroun a battu le Mali 2-1 lors de son entrée en lice. La CAF a confirmé le doublé de Marie Gisèle Ngah Manga, avec un premier but à la 14e minute et un penalty décisif à la 72e minute. Le Mali avait entre-temps égalisé sur penalty par Aïssata Traoré à la 30e minute. La dynamique du groupe s’est donc dessinée dès la première journée : deux vainqueurs, deux équipes déjà sous pression.
Des bancs encore en construction, mais des ambitions claires
Le Ghana avance avec un encadrement récent. La CAF indique que Kim Lars Björkegren, nommé en janvier 2025, a pris la tête des Black Queens après des expériences à Linköping et au Racing Louisville. Cette donnée compte. Elle dit quelque chose d’un projet encore en stabilisation, avec un groupe composé de joueuses évoluant dans plusieurs championnats, donc avec une nécessaire mise en cohérence tactique et humaine. Dans ce genre de tournoi court, la qualité du liant compte autant que le talent individuel.
Le Cameroun, lui, fonctionne avec une organisation technique particulière. Valentine Nguele tient le rôle de sélectionneuse, tandis que Dimitri Lipoff est présenté comme coordinateur technique. Cette configuration, très visible dans la préparation, montre une équipe qui cherche l’efficacité par la structuration, plutôt que par l’esbroufe. Pour Gabrielle Aboudi Onguéné, cette CAN a aussi une valeur de continuité : seize ans après ses débuts internationaux, elle dispute une huitième phase finale sans avoir encore remporté le trophée. Ce type de longévité rappelle combien le football féminin camerounais s’inscrit dans le temps long, avec ses attentes et ses frustrations.
Le Mali n’a pas démérité lors de sa première sortie, mais il doit transformer ses séquences prometteuses en points réels. Le pays peut s’appuyer sur des profils offensifs repérés en Europe, notamment Aïssata Traoré et Agueissa Diarra. Dans une poule aussi courte, la capacité à revenir vite après une défaite devient stratégique : une deuxième contre-performance enfermerait les Aiglonnes dans une course à l’espoir, au lieu de leur laisser piloter leur destin.
Le Cap-Vert, enfin, découvre encore la compétition. Sa première qualification pour une CAN féminine a été obtenue au terme d’un barrage accroché face au Mali, sur un cumul de 4-3 après une victoire 4-2 à Praia. La CAF a raconté ce moment comme une page nouvelle dans l’histoire du football capverdien. Mais le tournoi marocain remet vite les compteurs à zéro. Une suspension automatique après carton rouge, comme celle de Kleydiana Borges, rappelle aussi que les novices apprennent souvent dans la douleur face à des équipes plus installées.
Au-delà du groupe D, une course mondiale en toile de fond
Cette journée ne se résume pas à un simple classement provisoire. Elle dit quelque chose de l’état du football féminin africain en 2026 : un niveau qui se resserre, des écarts qui se réduisent, et des fédérations qui comprennent mieux la valeur d’une préparation continue. Le Maroc accueille une édition élargie à 16 équipes, signe que la CAF veut ouvrir davantage l’espace continental, tout en gardant une compétition exigeante.
La portée continentale est immédiate. Un succès du Ghana ou du Cameroun porterait l’équipe victorieuse à six points avant la dernière journée du 6 août. Or cette dernière journée opposera ensuite le Ghana au Mali et le Cameroun au Cap-Vert, ce qui peut rebattre les cartes si les poursuivants se relancent. Dans une CAN féminine qui sert de porte d’entrée vers le Mondial 2027, chaque scénario de groupe change aussi la carte des ambitions nationales, de l’encadrement des sélections à la visibilité des championnats domestiques.
Le groupe D est donc plus qu’une poule équilibrée. C’est un test de maturité pour le Ghana, un test de constance pour le Cameroun, un test de réaction pour le Mali et un test d’apprentissage pour le Cap-Vert. À Casablanca, le classement ne dira pas seulement qui passe en tête. Il dira aussi quelles équipes savent déjà vivre avec la pression d’un tournoi qui mène, très concrètement, au Brésil 2027.