Quarante clubs de Division 3. Sur les 89 voix qui désigneront le prochain patron du football ivoirien, ils en pèsent près de la moitié. C’est de ce troisième échelon, longtemps traité comme une antichambre, que part la candidature d’Issouf Bamba au Comité exécutif de la Fédération ivoirienne de football.
Un collège électoral élargi où les amateurs font le nombre
La FIF élira son président et son Comité exécutif le samedi 12 septembre 2026. L’assemblée générale se tiendra à Yamoussoukro, dans la salle C de la Fondation Félix Houphouët-Boigny. La Commission électorale, présidée par Me Kouamé Bi Iritié, a ouvert le dépôt des dossiers le 23 juillet. Il se referme le 10 août. La campagne suivra, du 1er au 10 septembre.
Le corps électoral a changé de taille. Il compte désormais 89 votants contre 81 lors du scrutin de 2022. Sa composition en dit long : seize clubs de Ligue 1, vingt-huit de Ligue 2, quarante de Division 3 et cinq groupements d’intérêt. Le troisième échelon, entièrement amateur, détient donc à lui seul 45 % des suffrages.
Cette arithmétique n’a rien d’abstrait. En 2022, Yacine Idriss Diallo l’avait emporté avec deux voix d’avance. Or le report du scrutin, imposé par le calendrier du Mondial, a entraîné un reclassement automatique de plusieurs clubs dans le collège électoral. Des dirigeants s’en irritent déjà en privé. Le président sortant lui-même a qualifié l’échéance de « gnaga national », mot ivoirien pour la bagarre générale.
Un opérateur de droits médias aux portes de la fédération
Issouf Bamba, 43 ans, n’est pas un inconnu du football continental. Administrateur général de PC Plus Group Holding, il dirige une société ivoirienne diversifiée : bâtiment, agriculture, biomédical, nouvelles technologies, sport.
En septembre 2023, la FIFA a notifié à son groupe, au terme d’un appel d’offres international, la commercialisation des droits médias gratuits des éliminatoires africains du Mondial 2026. Le périmètre couvrait 42 pays d’Afrique subsaharienne. L’opération a été montée avec MMS, agence de marketing sportif basée en Suisse. Il l’a annoncée le 21 octobre 2023 à Abidjan. Son groupe a ensuite participé à la distribution des droits de la Coupe du monde des clubs 2025 sur le continent, aux côtés de DAZN et d’Iris Sport Media.
Le versant sportif est plus modeste. Il préside Les Séraphins FC, club engagé en Division 3, poule A, lors de la saison 2025-2026, aux côtés d’Ivoire Académie, du RC Koumassi ou de l’US Bassam. Sa biographie officielle lui attribue un MBA en management stratégique obtenu à l’ESG Bordeaux.
Cette double casquette n’a rien d’exceptionnel en Côte d’Ivoire. Elle y est même la règle : les clubs vivent d’abord des moyens de leurs dirigeants. La Division 3 réunit quarante formations réparties en quatre poules, et seule la première de chaque groupe accède à la Ligue 2. Pour ces clubs, la subvention fédérale et l’accès aux compétitions comptent bien davantage que la billetterie.
Une candidature suspendue à la mécanique des listes
Au Comité exécutif, on ne se présente jamais seul. Ses vingt-cinq sièges se disputent sur des listes adossées à un candidat à la présidence. Chaque liste doit réunir quatre parrainages de membres actifs et un dossier d’une dizaine de pièces : casier judiciaire de moins de trois mois, certificats de nationalité et de résidence, enquête d’intégrité. Une pièce manquante suffit à rendre la candidature irrecevable. Le code électoral interdit en outre de figurer sur plus d’une liste.
Le sort d’Issouf Bamba dépendra donc du camp qu’il rejoindra. Quatre prétendants à la présidence se sont déclarés : le sortant Yacine Idriss Diallo, Souleymane Cissé (Racing Club d’Abidjan), Marc Zoro, président de l’Union des footballeurs de Côte d’Ivoire, et Adam Francis Malick Tohé, vice-président du Comité exécutif sortant. La fédération n’a pas encore publié la liste définitive des candidatures.
Droits télé et gouvernance, la vraie question posée au football ivoirien
Le diagnostic dépasse largement les états-majors. Souleymane Cissé juge le championnat local « professionnel de nom ». La fuite des joueurs vers le Ghana, le Mali, le Burkina Faso ou la Tanzanie nourrit ce constat. Un championnat sans valeur télévisuelle ne produit ni recettes propres, ni sponsors durables, ni salaires réguliers.
C’est précisément le terrain sur lequel un vendeur de droits peut se prévaloir d’une expertise rare. Mais l’entrée d’un opérateur du marché dans l’instance qui négocie ces mêmes droits pose une question de gouvernance. La FIF devra y répondre par ses règles internes plutôt que par la confiance. Le sujet dépasse d’ailleurs Abidjan : la CAF et plusieurs fédérations du continent affrontent la même zone grise depuis que l’audiovisuel est devenu la première ressource du football africain.
Le calendrier, lui, ne laisse aucune marge. Les dossiers ferment le 10 août, la campagne s’ouvre le 1er septembre, le vote a lieu le 12. Onze jours plus tard, le 23 septembre, les Éléphants lancent les éliminatoires de la CAN 2027 face au Ghana, à domicile. La nouvelle équipe dirigeante héritera d’un banc de touche à trancher et d’un championnat à rendre vendable. Deux chantiers qu’aucun résultat en sélection ne réglera à sa place.