Un pays qui sort d’une dépendance trop étroite

En Zambie, l’électricité n’est plus seulement une affaire de barrages et de saisons. La sécheresse de 2024 a rappelé, de manière brutale, qu’un système trop dépendant de l’hydroélectricité devient fragile dès que l’eau manque. Dans ce contexte, le solaire change de statut : il n’est plus une option périphérique, mais un pilier de sécurité énergétique.

Cette bascule intéresse bien au-delà de Lusaka. La Zambie appartient à la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, où les États cherchent à diversifier leurs sources, à mieux connecter leurs réseaux et à sécuriser les échanges via le Southern African Power Pool, la bourse régionale de l’électricité. Dans cette architecture, chaque mégawatt solaire installé en Zambie compte aussi pour la stabilité régionale.

Des réformes qui ont accéléré le mouvement

Le ministère de l’Énergie a présenté, le 27 juillet, un bond de la capacité solaire installée de 88 MW à environ 841 MW entre 2021 et 2026. Il a aussi affirmé que le solaire représente désormais un peu plus de 18 % de la capacité installée nationale, contre moins de 3 % en 2021. Cette progression s’inscrit dans une stratégie plus large : porter la capacité solaire à 1 000 MW d’ici fin 2026 et atteindre 10 000 MW d’électricité installée à l’horizon 2030.

L’accélération ne vient pas seulement des centrales au sol. Elle repose aussi sur des changements de règle. Les autorités ont lancé l’accès ouvert au réseau, qui permet à des producteurs éligibles d’utiliser les lignes de transport et de distribution existantes. Elles ont également mis en place le comptage net en 2024, un mécanisme simple à comprendre : un ménage, une entreprise ou une institution peut consommer sa propre production solaire et injecter son surplus dans le réseau. L’Energy Regulation Board a confirmé que les règlements de net metering ont été signés en juillet 2024 et qu’ils sont encadrés par des tarifs et des conditions de raccordement.

Le gouvernement a aussi cherché à raccourcir les délais administratifs grâce à une délivrance numérique des licences énergétiques. Ce type de réforme a son importance. En Zambie, comme ailleurs en Afrique australe, les investisseurs regardent autant la qualité du soleil que la vitesse de raccordement, la lisibilité réglementaire et la capacité du réseau à absorber de nouveaux projets. C’est là que la réforme devient une infrastructure à part entière.

Des projets visibles, des usages qui changent

Le paysage énergétique zambien ne se transforme pas dans les discours seulement. Plusieurs projets de taille moyenne et de grande taille ont été mis en avant par les autorités, dont Chisamba, Itimpi, Mabumba et d’autres installations plus modestes. Le ministère cite aussi des projets récents comme Chisamba II, une centrale de 100 MW, et d’autres initiatives en cours, notamment à Chirundu, Ndola, Mansa et Mumbwa. Ces projets traduisent une logique simple : construire plus vite, avec des installations plus modulaires que les grands barrages.

Le comptage net ajoute un autre niveau de transformation. Selon les autorités, les installations raccordées dans ce cadre dépassent déjà 30 MW. Concrètement, cela ouvre la porte à une production répartie : écoles, entreprises, administrations et particuliers peuvent devenir à la fois consommateurs et petits producteurs. Dans une économie urbaine en tension, cela réduit la pression sur le réseau. Dans les zones éloignées, cela peut aussi soutenir des mini-réseaux, des services publics et de petites activités commerciales.

La logique est particulièrement visible dans le secteur public. Plusieurs institutions ont commencé à s’équiper en solaire pour alléger leur facture et sécuriser leurs services. Le Parlement a, par exemple, commissionné un système solaire de 750 kW en mai 2026. D’autres ministères et organismes publics suivent la même voie. Cela envoie un signal clair au marché : l’État ne demande plus seulement des projets privés, il installe aussi ses propres capacités.

Une réponse à la sécheresse, mais pas une solution isolée

La poussée solaire zambienne doit beaucoup à la crise hydrique récente. En 2024, la sécheresse a réduit la production des barrages, au point de provoquer de lourds délestages et d’obliger le pays à importer davantage d’électricité. Les Nations unies ont rappelé que plus de 80 % de l’électricité zambienne venait de l’hydroélectricité, ce qui rendait le pays très exposé aux chocs climatiques. Le gouvernement a lui-même reconnu qu’il fallait tirer les leçons de cette vulnérabilité.

Pour les ménages, l’enjeu est immédiat : disponibilité de l’électricité, continuité des activités domestiques et coût des solutions de secours. Pour les entreprises, surtout dans le commerce, l’agro-industrie et les services, le solaire devient un moyen de limiter les pertes liées aux coupures. Pour l’État, il s’agit de préserver les finances publiques, car les importations d’urgence coûtent cher, tout comme le soutien à un réseau sous tension. Dans le même temps, la diversification ne remplace pas d’un coup les barrages, mais elle réduit la dépendance à une seule saison de pluies.

La question reste désormais celle de la vitesse. Le pays veut atteindre 1 000 MW de solaire d’ici fin 2026. Il veut aussi élargir son parc à 10 000 MW à l’horizon 2030. Cela suppose des financements, des lignes de transport, des règles stables et une montée en puissance des compétences locales. À l’échelle de la SADC, la Zambie peut devenir un cas de référence : un pays historiquement hydraulique qui apprend à composer avec le soleil, le réseau et le marché régional.

Le signal dépasse enfin les frontières zambiennes. Dans une Afrique australe marquée par les sécheresses, la hausse des besoins industriels et la recherche de nouvelles interconnexions, l’exemple zambien montre qu’une transition énergétique peut naître d’une contrainte. Elle ne se résume pas à ajouter des panneaux. Elle repose sur une nouvelle manière de produire, de réguler et de partager l’électricité. C’est là que se joue, pour Lusaka comme pour la région, une part de la souveraineté énergétique de demain.