À Kamina, l’eau ne se résume plus à une promesse
Dans beaucoup de villes congolaises, ouvrir un robinet reste un geste incertain. À Kamina, dans le Haut-Lomami, cette attente vient de changer d’échelle avec la mise en service d’une nouvelle usine de captage et de traitement d’eau potable. L’enjeu est simple, mais décisif : transformer une ressource disponible en service public régulier, sûr et durable.
Cette inauguration intervient dans un pays où l’eau douce ne manque pas, mais où la distribution reste fragile. La République démocratique du Congo dispose d’un potentiel hydrique majeur, pourtant les écarts entre les centres urbains, les villes secondaires et les zones rurales demeurent considérables. L’accès à l’eau potable reste aussi un marqueur de qualité de l’État, car il touche directement la santé, le temps quotidien des ménages et les coûts supportés par les familles.
Une usine pour une ville qui a longtemps attendu
L’usine de Lovoy a été inaugurée le mercredi 29 juillet 2026 à Kamina, chef-lieu du Haut-Lomami. Selon les informations rendues publiques à cette occasion, elle doit alimenter environ 230 000 habitants et peut produire jusqu’à 7 000 m³ d’eau potable par jour. L’eau brute est captée dans la rivière Lovoy, connue pour sa forte teneur en fer, puis traitée avant distribution.
La visite présidentielle a aussi servi de signal politique. Le lancement du pompage montre que l’ouvrage entre dans sa phase opérationnelle, même si la desserte effective dépendra ensuite du réseau de raccordement et de la capacité de maintenance. Un programme de branchements sociaux doit être engagé pour connecter des ménages à cette nouvelle infrastructure.
Le choix de Kamina n’est pas anodin. Cette ville du sud-est congolais a longtemps vécu avec un déficit d’approvisionnement présenté par les autorités comme ancien, au point d’être décrit comme un retard de plus de cinquante ans. En RDC, ce type d’ouvrage répond souvent à une double urgence : rattraper un sous-investissement historique et stabiliser un service public encore trop dépendant d’extensions ponctuelles.
La gouvernance de l’eau, un chantier national qui se structure
Cette inauguration s’inscrit dans un cadre plus large. En décembre 2025, le gouvernement congolais a adopté la Politique nationale du service public de l’eau, la PNSPE, pensée comme un cadre de référence pour la gouvernance du secteur. Le texte fixe un cap clair : atteindre 90 % de desserte en milieu urbain et 70 % en zone rurale d’ici 2035.
La logique est importante. La PNSPE ne se limite pas à construire des ouvrages. Elle vise aussi à clarifier les responsabilités, sécuriser les investissements publics et privés, et donner un cadre de pilotage à un secteur souvent fragmenté. Dans un pays vaste comme la RDC, la question n’est pas seulement de produire de l’eau. Il faut encore la transporter, la facturer de manière soutenable, réparer les fuites et garantir la qualité jusqu’au dernier point de distribution.
Le chantier est d’autant plus sensible que les besoins augmentent vite. Les villes congolaises s’étendent, la demande urbaine s’intensifie et les infrastructures vieillissent. À Kinshasa, les autorités ont déjà mis en avant plusieurs stations et modules de production pour élargir la desserte, ce qui montre que la stratégie nationale repose sur des pôles multiples plutôt que sur une seule grande usine. Kamina s’inscrit donc dans une logique de maillage du territoire.
Le poids des financements et la question des résultats
La nouvelle politique publique arrive avec des appuis extérieurs structurants. Le Programme d’accès aux services d’eau et d’assainissement, ou PASEA, a été approuvé dans sa première phase avec un financement de 400 millions de dollars. Cette première étape couvre les provinces du Kasaï, du Kasaï-Central, du Kasaï-Oriental et du Kwilu, avec un objectif de 2,9 millions de personnes desservies en eau potable et 2 millions d’habitants bénéficiant d’assainissement de base d’ici 2029.
Pour le gouvernement, ces programmes ont une portée économique immédiate. L’eau potable réduit les dépenses de santé liées aux maladies hydriques, limite les heures perdues à la recherche d’eau et améliore la productivité des petits commerces, des marchés et de l’économie informelle, très présente dans les villes congolaises. Pour les ménages, surtout pour les femmes et les enfants qui portent encore souvent la charge de collecte, l’effet est concret : moins de trajets, moins d’incertitude, plus de temps disponible.
Mais le défi reste celui de la continuité. Une usine neuve ne règle pas, à elle seule, la faiblesse des réseaux secondaires, la gestion des branchements ou les pertes techniques. En RDC, de nombreux projets d’eau réussissent leur démarrage avant de buter sur l’entretien, les coûts d’exploitation ou la coordination entre acteurs publics et privés. Le suivi sera donc aussi important que l’inauguration elle-même.
Une décision locale, mais une lecture continentale
À l’échelle africaine, le dossier de Kamina rappelle une évidence trop souvent sous-estimée : la sécurité hydrique est désormais une question de stabilité, de santé publique et d’aménagement du territoire. La RDC l’a rappelé récemment en portant, au niveau continental, l’idée d’une coalition africaine pour la sécurité hydrique lors du Forum africain de l’eau à N’Djamena. Le message est clair : les pays du continent veulent davantage de solutions conçues depuis leurs besoins réels, et pas seulement depuis des cadres techniques importés.
Pour l’Afrique centrale, le signal est tout aussi net. Les grandes agglomérations ne sont pas les seules concernées. Les villes intermédiaires comme Kamina concentrent désormais des enjeux décisifs de mobilité, de santé et de croissance. Si les services de base suivent, elles peuvent retenir les populations, soutenir les échanges régionaux et renforcer les économies locales. Si elles décrochent, la pression se reporte vers les capitales provinciales et les métropoles.
La portée de cette inauguration dépasse donc la seule ville de Kamina. Elle dit quelque chose de la RDC en 2026 : un pays qui cherche à convertir son potentiel en services concrets, en s’appuyant à la fois sur des réformes nationales, des financements multilatéraux et des investissements visibles sur le terrain. La vraie mesure du succès se lira dans les mois à venir, à travers la régularité de la distribution, le nombre de ménages effectivement raccordés et la capacité de l’infrastructure à tenir dans la durée.