Au Kordofan du Nord, les enfants paient le prix d’un front qui se rapproche
Dans le centre du Soudan, la guerre ne se lit plus seulement à travers les lignes de front. Elle se voit aussi dans les écoles fermées, les marchés visés et les routes coupées. Autour d’Al-Obeid, capitale du Kordofan du Nord et nœud stratégique vers Khartoum, la violence touche désormais les familles au quotidien. Les enfants, eux, se retrouvent en première ligne d’un conflit qui s’installe dans la durée.
La situation locale s’inscrit dans un cadre national plus large. Depuis avril 2023, les combats opposent l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, connues sous l’acronyme FSR, un groupe paramilitaire né des anciennes milices des conflits du Darfour. Le Soudan, pays d’Afrique du Nord dont la capitale est Khartoum, reste fragmenté par des fronts mouvants, des déplacements massifs et une pression constante sur les services publics. L’IGAD, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Est à laquelle le Soudan appartient, suit le dossier, mais sans avoir encore imposé de sortie politique durable.
Des bilans alarmants, mais désormais étayés par plusieurs sources
Selon l’UNICEF, au moins 23 enfants ont été tués et 25 autres blessés au Kordofan du Nord au cours des deux derniers mois, dans une zone où les combats se sont intensifiés autour d’Al-Obeid depuis la fin du mois de mai. Le dernier incident recensé par l’agence onusienne date du vendredi 24 juillet, dans la zone de Burbur, au sud d’Al-Obeid. Quatre enfants, deux garçons et deux filles âgés de 8 à 16 ans, auraient alors été tués.
Ces chiffres ne sont pas isolés. Le 6 juillet, l’UNICEF alertait déjà sur au moins 330 enfants tués ou blessés dans l’ensemble du Soudan pendant les six premiers mois de 2026. L’organisation précisait alors que le Kordofan du Nord et le Darfour concentraient les niveaux les plus élevés de victimes infantiles, avec plus de 35 cas signalés depuis mai dans l’État du Kordofan du Nord, dont au moins 18 morts. Une autre alerte de l’ONU, publiée le 21 juillet, confirmait que l’intensification des combats à Al-Obeid et dans le Kordofan du Nord faisait peser un risque grave sur les enfants déjà pris dans trois années de guerre.
La séquence est cohérente avec les autres informations disponibles. L’AP rapporte qu’Al-Obeid est une ville stratégique sur l’axe est-ouest reliant Khartoum à la vallée du Nil, et que les attaques de drones y ont déjà endommagé des infrastructures civiles, notamment des quartiers, des ponts et des installations électriques. Africanews a aussi confirmé, le 27 juillet, que l’armée soudanaise avait repris le contrôle d’une autoroute majeure vers Al-Obeid, signe d’un corridor militaire et logistique toujours disputé.
Ce que ces violences changent pour les familles soudanaises
Le bilan humain, à lui seul, ne dit pas tout. Dans une guerre de mobilité, le contrôle des routes décide de l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins et à l’école. Quand un axe est visé, ce sont les commerçants, les ambulances et les convois humanitaires qui ralentissent ou s’arrêtent. À Al-Obeid et dans ses environs, l’insécurité coupe des services déjà fragiles et transforme chaque déplacement en pari. L’UNICEF signale que les frappes répétées ont aussi endommagé des maisons, des écoles, des établissements de santé, des réseaux d’eau et des marchés.
Le cas du Kordofan du Nord illustre aussi un basculement de la guerre soudanaise. Les drones sont devenus un outil central des combats. Ils frappent à distance, compliquent la défense des villes et exposent davantage les civils que les combattants. Pour les populations urbaines, cela signifie des quartiers plus vulnérables. Pour les zones rurales, cela signifie souvent l’isolement. Pour les déplacés, enfin, cela signifie l’absence de refuge durable, car les lignes de fuite se rétrécissent à mesure que les fronts avancent. L’UNICEF parle d’enfants tués sur les routes, dans les marchés ou en cherchant de l’aide médicale.
La dynamique a aussi une dimension économique. Al-Obeid est un point de passage commercial vers Khartoum et le centre du pays. Quand la ville est menacée, le prix du transport grimpe, les denrées circulent moins bien et les marchés locaux se contractent. Dans un pays où l’économie informelle soutient une grande partie des ménages, la moindre rupture logistique provoque un effet domino immédiat. Les familles doivent arbitrer entre nourriture, eau, médicaments et mobilité. Les enfants, eux, paient le retard des services essentiels.
Une alerte soudanaise qui dépasse le Kordofan du Nord
Le drame du Kordofan du Nord résonne au-delà des frontières du Soudan. Il rappelle que la guerre soudanaise n’est pas seulement une bataille pour Khartoum ou pour les grandes villes de l’Ouest. C’est aussi une lutte pour les corridors, les centres logistiques et les zones qui relient le pays à ses voisins. Tant que ces axes resteront contestés, l’aide humanitaire, les retours de déplacés et la remise en service des écoles resteront précaires.
La portée continentale est claire. Le conflit soudanais continue de peser sur la Corne de l’Afrique, sur les flux de réfugiés et sur la capacité de l’Union africaine à faire respecter un minimum de protection des civils. L’IGAD et l’UA sont régulièrement interpellées, mais sur le terrain, les alertes humanitaires restent plus rapides que les avancées diplomatiques. La prochaine question n’est pas seulement militaire. Elle est aussi civile : les routes vers Al-Obeid resteront-elles ouvertes, et les services de base pourront-ils encore tenir face à l’escalade ?