À Alger, un symbole institutionnel plus qu’un simple changement de visage
En Algérie, le poste de présidence de l’Assemblée populaire nationale n’est pas une fonction d’apparat. Il place son titulaire au cœur de l’équilibre institutionnel, dans un pays où l’exécutif, le Parlement et les corps de contrôle avancent souvent au rythme des réformes politiques et des arbitrages du sommet de l’État. L’élection de Khalida Boufedeche à la tête de l’APN donne donc une portée particulière à ce moment. Elle touche à la représentation, mais aussi à la manière dont le pouvoir veut montrer l’ouverture de ses institutions.
Le contexte algérien reste celui d’une vie parlementaire recomposée après les législatives du 2 juillet 2026. Le scrutin a confirmé la place dominante du Front de libération nationale, formation historique de l’indépendance, tandis que la participation est restée très basse, à 21,24 % à l’intérieur du pays et 10,75 % pour la communauté nationale établie à l’étranger, selon la Cour constitutionnelle. Dans ce paysage, la dixième législature de l’APN a ouvert ses travaux le 28 juillet à Alger, capitale politique et administrative du pays.
Une première historique dans la chambre basse
Mardi 28 juillet 2026, les députés ont porté Khalida Boufedeche à la présidence de l’Assemblée populaire nationale. Elle devient ainsi la première femme à diriger la chambre basse du Parlement algérien. La séance d’ouverture de la dixième législature a été suivie de l’installation des nouveaux organes internes, dans le prolongement des résultats définitifs rendus publics après examen des recours électoraux.
Âgée de formation médicale, Khalida Boufedeche est allergologue. Elle a aussi construit son parcours dans l’arène locale et nationale, d’abord à Bordj El Bahri, puis à l’Assemblée populaire de wilaya d’Alger, avant d’entrer à l’APN en 2026. Son élection intervient sous l’étiquette du Front de libération nationale, parti arrivé en tête du scrutin législatif. Le FLN reste une force structurante du système politique algérien, même si sa légitimité électorale a été fragilisée par l’abstention.
La nouvelle présidente a été choisie parmi trois candidatures. Le Mouvement de la société pour la paix, principal parti islamique représenté à l’APN, et le Rassemblement pour la culture et la démocratie, formation laïque d’opposition, avaient également présenté des candidats. Ce choix final donne une image d’équilibre politique contrôlé, mais il entérine aussi la mainmise des partis les plus proches des autorités sur les postes de commande du Parlement.
Une avancée symbolique dans un Parlement encore peu féminin
Le signal est fort, mais il ne gomme pas le reste du tableau. La représentation féminine dans cette législature demeure très faible. Les décomptes publiés après le scrutin font état de 23 à 25 femmes élues sur 407 sièges, soit autour de 6 % de l’APN. Cette proportion reste très loin des niveaux observés lors des législatures précédentes, quand les mécanismes de quota donnaient davantage de place aux femmes.
Le recul est net. En 2017, l’APN comptait 118 femmes élues sous le régime des quotas. En 2021, elles étaient 38. L’édition issue du vote du 2 juillet 2026 marque donc une nouvelle baisse, alors même que les femmes représentent près de la moitié de la population algérienne. Le débat n’est pas seulement arithmétique. Il touche aussi à la place réelle des femmes dans les partis, dans les listes locales et dans l’accès aux postes de responsabilité.
Ce contraste dit beaucoup de la séquence actuelle. D’un côté, l’Algérie place une femme à la tête de sa chambre basse. De l’autre, la présence féminine dans l’hémicycle recule. Cette tension entre symbole et structure est importante. Elle montre qu’une avancée au sommet ne suffit pas à transformer la base représentative. Pour les partis, la question devient celle du renouvellement des élites. Pour les électrices et les électeurs, elle renvoie à la crédibilité d’un Parlement capable de refléter la société algérienne dans sa diversité.
Ce que cette séquence dit de l’Algérie et de la région
L’Algérie se situe au carrefour de plusieurs équilibres. Sur le plan intérieur, l’APN doit accompagner les textes qui traduisent les orientations de l’exécutif. Sur le plan politique, la faible participation rappelle que la confiance entre citoyens et institutions reste incomplète. Sur le plan social, l’élection d’une femme au perchoir peut nourrir une attente plus large autour de l’accès des Algériennes aux responsabilités publiques, locales comme nationales.
À l’échelle nord-africaine, ce geste institutionnel compte aussi. Il intervient dans une région où les parlements demeurent souvent dominés par les appareils partisans, les exécutifs et les logiques de stabilité. L’Algérie, qui n’appartient ni à la CEDEAO ni à la SADC mais joue un rôle propre au sein du Maghreb et de l’Union africaine, envoie ici un signal d’image et de continuité institutionnelle. Il faudra suivre la manière dont la dixième législature traitera les grands dossiers à venir, à Alger comme dans les wilayas, et si cette présidence féminine restera un symbole isolé ou le début d’un élargissement réel de la représentation.