Un retour ivoirien qui dépasse le simple premier match

En Coupe d’Afrique des nations féminine, certaines entrées en scène pèsent plus lourd que trois points. Celle de la Côte d’Ivoire, ce lundi 27 juillet à Casablanca, en fait partie. Douze ans après sa dernière apparition en phase finale, la sélection ivoirienne retrouve un tournoi qui sert aussi de qualifier pour la Coupe du monde féminine 2027, ce qui donne à chaque match de groupe une portée bien plus large qu’un simple début de compétition.

Le contexte régional compte autant que l’enjeu sportif. La CAN féminine 2026 se tient au Maroc du 25 juillet au 16 août, avec seize équipes réparties en quatre groupes et un format qui qualifie directement les deux premiers de chaque poule, ainsi que les deux meilleurs troisièmes. Pour les sélections d’Afrique de l’Ouest, ce tournoi mesure donc à la fois une progression sportive et une capacité à tenir la distance dans un système devenu plus exigeant.

La Côte d’Ivoire retrouve la scène continentale, le Burkina Faso veut franchir un cap

Le groupe B entre en lice avec un duel ouest-africain entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, programmé au stade Larbi Zaouli. Les Ivoiriennes n’avaient plus disputé la phase finale depuis douze ans. Leur retour intervient après une longue absence qui a pesé sur la visibilité du football féminin national, même si la fédération ivoirienne a continué de travailler sur les catégories féminines et sur la relance de la sélection.

Ce retour n’a rien d’anecdotique. La Côte d’Ivoire avait terminé troisième de la CAN féminine 2014, un résultat qui reste la référence de la génération actuelle. Depuis, le pays a connu une période de creux sur la scène continentale, alors que le football féminin africain s’est densifié et professionnalisé. La sélection revient donc avec une attente claire : montrer qu’elle peut encore rivaliser avec les meilleures nations de la région.

En face, le Burkina Faso avance avec une autre histoire à écrire. Les Étalons Dames ne disputent que leur deuxième phase finale de CAN féminine. Leur première participation, en 2022, s’était soldée par deux défaites et un nul. La sélection burkinabè cherche toujours sa première victoire dans la compétition, mais elle a gagné en expérience depuis son entrée dans le cercle des équipes qualifiées.

Ce match a aussi une valeur symbolique pour l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, l’organisation régionale qui structure une partie des échanges politiques et économiques de la sous-région, ne pilote pas le football. Mais les rivalités sportives y renvoient souvent à une même réalité : des fédérations qui essaient de consolider leurs filières, de mieux former les jeunes et de donner plus de place aux femmes dans des structures encore très inégales.

Afrique du Sud-Tanzanie : l’équipe à battre entre en scène

L’autre affiche du jour oppose l’Afrique du Sud à la Tanzanie, toujours dans le groupe B. Les Banyana Banyana arrivent avec un statut particulier : elles sont les championnes en titre, couronnées en 2022, et restent l’une des références du football féminin africain. Elles visent une nouvelle campagne solide pour se replacer au sommet du continent.

La Tanzanie, elle, veut confirmer la progression aperçue ces dernières années. Les Tanzaniennes avaient déjà montré qu’elles pouvaient tenir tête à de bonnes sélections, notamment lors d’un nul contre l’Afrique du Sud à la CAN 2024. Leur présence à Casablanca illustre une dynamique plus large venue de l’Afrique de l’Est, où plusieurs pays investissent davantage dans les sélections féminines et les compétitions de jeunes.

Le calendrier du groupe B ajoute une pression immédiate. Après cette première journée, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire se retrouveront le vendredi 31 juillet, dans un match qui pourrait déjà peser sur la hiérarchie du groupe. Dans une phase courte, chaque détail compte : gestion des efforts, discipline défensive, efficacité devant le but et capacité à ne pas se laisser enfermer par l’enjeu.

Ce que cette CAN raconte du football féminin africain

Le tournoi de 2026 confirme une évolution importante : les grandes sélections ne se contentent plus d’être présentes, elles sont attendues sur des objectifs concrets. Pour la Côte d’Ivoire, la qualification pour la phase finale représente déjà un tournant. Pour l’Afrique du Sud, championne sortante, l’objectif est de rester dans le cercle des équipes qui dictent le tempo. Pour le Burkina Faso et la Tanzanie, le défi consiste à transformer une participation en apprentissage durable.

La portée continentale est claire. Cette CAN féminine sert de vitrine sportive, mais aussi de test de gouvernance. Le format, la qualité des infrastructures au Maroc, l’organisation des déplacements et la tenue du calendrier montrent le niveau d’exigence auquel les sélections africaines doivent désormais répondre. Dans le même temps, le tournoi reste un levier d’accès au Mondial 2027 : deux équipes iront en barrage intercontinental en février 2027, après la phase finale, ce qui donne une valeur stratégique à chaque point pris en poule.

Pour l’Afrique de l’Ouest, la journée du 27 juillet dit donc beaucoup plus qu’un programme sportif. Elle raconte la reconquête d’une équipe ivoirienne longtemps absente, l’ambition d’un Burkina Faso encore en construction, et la place grandissante prise par le football féminin dans des pays où les attentes populaires grandissent plus vite que les moyens. À Casablanca, le terrain dira si le retour des Ivoiriennes ouvre une nouvelle phase, ou s’il faut encore du temps pour convertir le potentiel en résultat.