À Lilongwe, l’inclusion scolaire quitte le registre des promesses pour entrer dans celui des salles de classe
Au Malawi, la question n’est plus seulement d’ouvrir les portes de l’école. Elle consiste aussi à faire en sorte que les enfants malawites vivant avec un handicap puissent y rester, apprendre et progresser dans des conditions adaptées. À Lilongwe, cette bataille se joue désormais autour d’un outil concret : une salle de ressources installée à l’école primaire de Chamwasongwe, pensée pour soutenir les élèves à besoins particuliers.
Le sujet dépasse toutefois le seul cadre d’un établissement. Le Malawi est un État membre de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, qui regroupe 16 pays de la région et porte aussi des enjeux de cohésion sociale, de services publics et d’éducation inclusive. Dans ce contexte, l’école devient un marqueur de capacité publique : elle dit ce que l’État sait garantir, mais aussi ce qu’il doit encore construire avec ses partenaires.
Un partenariat public-ONG pour combler des manques très concrets
Le 20 juillet 2026, le ministère malawite de l’Éducation a présenté ce chantier comme un appui à l’inclusion des enfants vivant avec un handicap. Le dispositif s’inscrit dans le projet RISE, pour Realising Inclusive and Safe Education, mis en œuvre avec Link Community Development Malawi et piloté par Link Education International. Le programme est financé par le gouvernement écossais.
Les chiffres donnent l’échelle du projet. D’après les documents de présentation du programme, RISE mobilise 7,5 millions de livres sterling, soit un peu plus de 10 millions de dollars, sur plusieurs pays, dont le Malawi. Dans le pays, l’ambition annoncée porte sur 108 écoles, près de 2 000 enseignants et responsables scolaires à former, et 134 119 apprenants à toucher, dont 4 527 enfants vivant avec un handicap.
Le ministère malawite a précisé que le projet a déjà permis l’installation de salles de ressources et la distribution d’équipements d’assistance. Le communiqué officiel évoque 20 salles équipées, ainsi que des dispositifs pour faciliter l’apprentissage des élèves concernés. Cette logique répond à une réalité juridique et sociale déjà reconnue dans le pays : la loi malawite définit l’éducation inclusive comme un processus visant à réduire l’exclusion dans l’éducation et à répondre à la diversité des besoins des apprenants.
Des progrès réels, mais un système encore trop étroit
Les avancées existent, mais elles restent fragiles. Le ministère a indiqué que le taux de scolarisation des enfants handicapés dans le primaire serait passé de 4 à 6 %. C’est un progrès, mais il part de très bas. En parallèle, seuls 4 % des établissements primaires, soit environ 209 écoles, disposent d’enseignants spécialisés. Autrement dit, l’accès progresse plus vite que les moyens humains capables d’accompagner durablement ces élèves.
Les données de terrain confirment ce décalage. Une publication de Link sur RISE au Malawi fait état de 2 443 enseignants formés à l’éducation inclusive et au Universal Design for Learning, c’est-à-dire une pédagogie conçue pour être accessible à des profils d’élèves variés. Le projet mentionne aussi des appareils de soutien, des orientations vers des services spécialisés et des actions de repérage précoce. Cela montre que l’inclusion ne dépend pas seulement d’un discours, mais d’un ensemble de gestes techniques, de formations et de relais sanitaires et sociaux.
Le défi est encore plus net en zone rurale. Dans les écoles les moins dotées, un manque de matériel adapté, de mobilier approprié ou de professionnels formés peut transformer l’inscription scolaire en présence purement administrative. À l’inverse, dans les centres urbains comme Lilongwe, les partenariats ciblés peuvent accélérer les résultats. Cette différence entre capitale et périphérie pèse lourd dans un pays où les ressources publiques restent contraintes et où les besoins sont dispersés.
Un signal utile pour l’Afrique australe, à l’heure où l’aide se resserre
Le volet financier donne aussi à cette initiative une portée plus large. L’OCDE prévoit une baisse de l’aide publique au développement vers l’Afrique subsaharienne en 2025 et 2026, avec une pression particulière sur l’éducation. Elle anticipe aussi un recul marqué de l’aide destinée à l’éducation, y compris à l’enseignement primaire. Dans ce contexte, des programmes comme RISE deviennent stratégiques, parce qu’ils soutiennent des secteurs où l’État malawite doit encore renforcer ses capacités propres.
Le Malawi avance donc par petits blocs, mais dans une direction claire : faire de l’inclusion une politique publique, et non une initiative ponctuelle. Pour l’Afrique australe, le signal est important. Il rappelle qu’une école accessible ne se résume pas à un bâtiment ouvert. Elle suppose des enseignants préparés, des outils adaptés, des services de repérage et une coordination durable entre gouvernement, collectivités, ONG et bailleurs. C’est là que se joue, très concrètement, la promesse d’une éducation pour tous.