Au Nigeria, l’accès à l’électricité reste un problème de quotidien, pas seulement de politique publique

Dans beaucoup de foyers nigérians, la question n’est pas de savoir s’il faut passer au solaire, mais comment le payer. À Abuja comme dans de nombreuses villes secondaires et zones rurales, le coût initial des panneaux, des batteries et des onduleurs reste un frein majeur, alors même que le pays cherche des solutions capables d’alimenter les ménages, les ateliers et les petites entreprises hors réseau. Le Nigeria demeure, à l’échelle africaine, l’un des marchés les plus décisifs pour tester des modèles d’accès à l’énergie à bas coût.

Ce dossier s’inscrit dans une stratégie plus large de la Rural Electrification Agency, l’agence fédérale chargée d’électrifier les zones non desservies et sous-desservies. L’institution porte plusieurs programmes structurants, dont le Nigeria Electrification Programme et DARES, le dispositif « Distributed Access through Renewable Energy Scale-up », c’est-à-dire la montée en puissance de l’accès décentralisé aux renouvelables. Dans un pays où la faiblesse de la distribution reste chronique, le hors-réseau n’est plus un complément marginal : il devient un pilier de la politique électrique.

Le partenariat entre MOPO et la REA ouvre un marché plus large que la simple location de batteries

Le 20 juillet 2026, MOPO et la Rural Electrification Agency ont annoncé un accord pour accélérer le déploiement de batteries solaires louées à l’usage au Nigeria. Le programme national annoncé porte le nom de Nigeria Smart Battery Rental Programme. Sa phase pilote doit commencer en décembre 2026, avec une montée en charge prévue après évaluation. MOPO dit vouloir investir jusqu’à 75 millions de dollars dans le pays d’ici 2030. La REA, pour sa part, doit faciliter l’environnement réglementaire, les échanges avec les autorités et la mobilisation de financeurs.

Le modèle est simple sur le papier. L’entreprise installe des hubs solaires, fournit des batteries prêtes à l’emploi et les distribue par des agents locaux. L’usager paie une location journalière, sans achat initial d’équipement. Le service peut servir à l’éclairage, à la recharge de téléphones, mais aussi à certains appareils domestiques ou professionnels. MOPO affirme déjà exploiter plus de 320 hubs au Nigeria et ouvrir une nouvelle station chaque jour. L’entreprise dit aussi avoir atteint 1,6 million de locations par mois, contre 150 000 en 2023.

Cette logique d’« énergie comme service » répond à une contrainte très concrète : dans de nombreux foyers, le problème n’est pas l’absence totale de demande, mais l’impossibilité de financer l’équipement de départ. En pratique, la location peut élargir le marché à des ménages à revenu irrégulier, à des petits commerces, à des kiosques, à des ateliers de réparation et à des activités informelles qui ne peuvent pas immobiliser un capital important. Le partenariat mise donc autant sur l’accès à l’énergie que sur un modèle de trésorerie adapté à la réalité nigériane. Cette lecture est cohérente avec les orientations publiques de la REA, qui pousse déjà des solutions mini-réseaux, des systèmes solaires autonomes et des montages de type « energy-as-a-service ».

Le groupe britannique présente aussi le Nigeria comme une base de croissance. MOPO opère déjà dans plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo, le Libéria, la Sierra Leone, le Tchad et l’Ouganda, et affirme avoir dépassé les 42 millions de locations cumulées. L’entreprise dit employer 300 personnes et s’appuyer sur 2 000 agents, majoritairement en Afrique. Elle avait déjà signé un partenariat de recyclage de batteries au Nigeria, un point important dans un secteur où la fin de vie des équipements devient un sujet industriel autant qu’environnemental.

Ce que l’accord change pour le Nigeria, et pourquoi il compte au niveau continental

Le Nigeria n’achète pas ici un simple service de recharge. Il teste une manière plus souple de combler son déficit énergétique. Les estimations de la Banque mondiale rappellent depuis plusieurs années qu’environ 85 millions de Nigérians n’ont pas accès à l’électricité, même si les chiffres exacts varient selon les mises à jour et les méthodes de calcul. Ce déficit reste l’un des plus élevés au monde. Dans ce contexte, la location de batteries peut compléter les mini-réseaux et les kits individuels, surtout dans les zones où l’extension du réseau principal prendra du temps.

Le point sensible restera le financement. MOPO n’a pas détaillé le montant réservé au pilote ni l’origine précise des fonds. C’est un angle important, car la viabilité d’un modèle à bas prix dépend du coût du capital, de la logistique, du remplacement des batteries et de la maintenance. La REA annonce donc surtout un rôle d’architecture : cadrage réglementaire, coordination publique et mise en relation avec les bailleurs. Autrement dit, l’État ne porte pas seul l’investissement, mais il crée les conditions pour que le privé déploie plus vite. Ce type de montage est devenu central dans l’off-grid africain. Il permet d’aller plus loin qu’un financement public isolé, tout en limitant la dépendance à des subventions permanentes.

Le dossier dépasse enfin le seul Nigeria. Dans la région ouest-africaine, la REA multiplie déjà les coopérations, notamment avec la CEDEAO à travers des initiatives d’électrification hors réseau. Le Nigeria sert souvent de laboratoire à grande échelle pour des solutions qui peuvent ensuite être répliquées ailleurs, du Sahel aux pays côtiers. À l’échelle continentale, l’enjeu rejoint Mission 300, l’initiative portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement pour connecter 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne d’ici 2030. La location de batteries n’est pas une réponse miracle. Mais elle peut devenir un outil utile dans l’assemblage plus large des solutions d’accès à l’énergie, à condition de tenir sur le long terme, financièrement, techniquement et sur le plan du recyclage.