Un projet solaire pensé au plus près des territoires

En Zambie, la question n’est plus seulement de produire davantage d’électricité. Elle consiste aussi à la rapprocher des citoyens, des marchés et des services publics. C’est là que le nouveau programme solaire change de logique : au lieu de concentrer les capacités sur quelques grands sites, Lusaka mise sur une génération répartie dans le pays, circonscription par circonscription.

Le signal est important pour un pays qui a subi de plein fouet la fragilité de son système dominé par l’hydroélectricité. La sécheresse de 2024 a réduit la production disponible et forcé le recours aux importations et aux coupures. Les institutions financières internationales ont depuis insisté sur la nécessité de diversifier le mix électrique, notamment avec du solaire et du réseau décentralisé.

Un dispositif national, mais un contexte déjà redessiné

Le programme est connu sous le nom de Presidential Constituency Energy Initiative, ou PCEI. Il prévoit une centrale solaire de 2 MW dans chacune des 156 circonscriptions qui structuraient encore la carte politique au moment de sa conception, soit 312 MW au total. Le coût annoncé est de 4,3 milliards de kwachas, environ 236 millions de dollars, selon les informations rendues publiques par les autorités zambiennes.

Le calendrier politique donne à ce dossier une portée particulière. L’Electoral Commission of Zambia a annoncé en avril 2026 la création de 70 nouvelles circonscriptions, portant le total à 226, avec une entrée en vigueur fixée au 15 mai 2026 après la dissolution du Parlement. Autrement dit, le plan solaire a été bâti sur l’ancien découpage, ce qui obligera l’État à gérer l’alignement entre l’infrastructure énergétique, les nouvelles frontières électorales et les futures priorités locales.

Ce que disent les contrats signés à Lusaka

Les contrats ont été annoncés le 14 juillet 2026 par le ministère en charge des Collectivités locales et du Développement rural. Cinq groupements ont été retenus pour construire les installations, avec douze mois pour livrer les travaux. ZESCO, l’électricien public, doit assurer la gestion technique et le raccordement au réseau national.

Les autorités avancent aussi un volet emploi. Elles évoquent 15 600 postes créés, sans détailler à ce stade la nature des contrats, leur durée ni leur répartition entre chantier, maintenance et services associés. Dans un pays où l’économie informelle absorbe une grande partie de la main-d’œuvre, cette précision comptera autant que le chiffre lui-même.

Autre élément structurant : les collectivités locales doivent détenir des participations dans les centrales. Le mécanisme est présenté comme un moyen de transformer une partie des fonds de développement des circonscriptions en actifs productifs. L’idée est simple. Une partie des revenus électriques pourrait ensuite financer des projets communautaires, au lieu de s’éteindre dans des dépenses ponctuelles.

Pourquoi ce projet compte pour l’économie réelle

Pour les ménages, l’enjeu est la continuité du service. Pour les petites entreprises, il s’agit de tenir l’ouverture d’un atelier, d’un moulin, d’un réfrigérateur commercial ou d’un système de pompage. Pour les services publics, l’électricité régulière conditionne l’école, le centre de santé et l’administration locale. Le solaire décentralisé ne règle pas tout, mais il peut réduire la dépendance à une seule source et amortir les coupures.

Le projet arrive aussi dans un contexte où le gouvernement zambien cherche à restaurer la confiance des investisseurs dans l’énergie. Le rapport de la Banque mondiale publié en 2026 souligne que le secteur doit être assaini pour attirer le privé, diversifier la production et soutenir la croissance. Le même document rappelle que l’hydroélectricité représente plus des trois quarts de la capacité installée du pays et que la sécheresse de 2024 a amputé la puissance disponible d’environ un tiers.

Cette vulnérabilité ne touche pas tout le monde de la même manière. Les grands consommateurs raccordés en priorité ont été mieux protégés, notamment certaines activités minières. Les ménages, les petites entreprises et les services publics ont, eux, subi de plein fouet les délestages. C’est précisément cette fracture que le solaire réparti dans les circonscriptions cherche à corriger, au moins en partie.

La Zambie dans l’espace SADC et au-delà

Ce chantier dépasse le seul cadre national. La Zambie appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, où la sécurité énergétique est devenue un sujet central de compétitivité, d’industrialisation et de résilience climatique. Un pays intérieur comme la Zambie, connecté aux échanges régionaux via le Southern African Power Pool, a intérêt à renforcer ses capacités locales pour limiter les chocs sur ses importations et ses exportations d’électricité.

Le mouvement est aussi cohérent avec les tendances continentales. L’Afrique accélère sur les mini-réseaux, les systèmes hors réseau et les solutions solaires pour élargir l’accès. Le défi reste immense : la Banque mondiale rappelle encore en 2026 que 655 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, et l’Afrique australe demeure une zone où l’accès rural reste faible. Dans ce paysage, la Zambie veut montrer qu’un pays dépendant du barrage et des pluies peut aussi bâtir une réponse territoriale et rapide.

La suite se jouera sur un calendrier concret : exécution des contrats, raccordement par ZESCO, articulation avec le nouveau découpage des circonscriptions et capacité réelle des entreprises retenues à livrer dans les délais. Si le programme tient ses promesses, il pourrait devenir un marqueur de la stratégie zambienne de sécurité énergétique. S’il prend du retard, il rappellera surtout qu’en Afrique australe, la transition électrique se gagne autant dans les réseaux locaux que dans les grandes annonces nationales.