En Namibie, le passage de l’exploration à la construction change de nature

Dans un projet minier, la vraie bascule ne se joue pas toujours sous terre. Elle se joue souvent dans les bureaux, au moment où il faut réunir les autorisations, verrouiller le financement et tenir le calendrier. C’est exactement l’étape que traverse Kokoseb, en Namibie, où WIA Gold veut transformer une découverte récente en future mine industrielle.

Ce dossier s’inscrit dans un paysage minier namibien plus large. Le pays s’appuie déjà sur quelques piliers aurifères, avec Navachab, première mine d’or commerciale du pays, et Otjikoto, aujourd’hui la principale mine aurifère en activité. Un autre projet, Twin Hills, avance lui aussi vers la production. Pour Windhoek, l’enjeu n’est pas seulement d’ajouter une mine de plus, mais de consolider une chaîne de valeur capable d’attirer capitaux, ingénierie et sous-traitance locale.

Les faits : un nouveau responsable pour une phase décisive

Le 16 juillet 2026, WIA Gold a confirmé, dans son rapport trimestriel, la nomination de John Mussett au poste de directeur de projet pour Kokoseb. Sa mission est claire : conduire la montée en puissance du projet alors que la société entre dans la séquence de pré-construction. Cette étape précède la décision finale d’investissement, souvent décisive dans la vie d’une mine.

Le profil de John Mussett éclaire le choix du groupe. Il vient d’Aris Mining, où il a occupé des fonctions de gestion de projet, et son parcours comporte aussi une expérience africaine marquante sur la réhabilitation et l’extension souterraine d’Obuasi, au Ghana. Son profil professionnel met en avant plus de vingt ans d’expérience dans le développement minier, avec une expertise sur les étapes qui précèdent le démarrage industriel, notamment les autorisations réglementaires et la décision d’investissement.

Le calendrier reste serré. WIA Gold vise encore une étude de faisabilité définitive au troisième trimestre 2026. La société travaille aussi sur le permis d’exploitation minière et sur la structuration du financement. À ce stade, Kokoseb est pensé comme une mine à ciel ouvert dotée d’une usine de traitement par lixiviation au charbon, avec une capacité annoncée de 5,25 millions de tonnes par an. Le projet est porté avec Epangelo Mining Company, société publique namibienne qui détient 20 % de la coentreprise, contre 80 % pour WIA Gold.

Sur le plan industriel, le potentiel affiché est significatif. La compagnie évoque une production pouvant atteindre 177 000 onces d’or par an et un investissement estimé à 358,8 millions de dollars. Elle rappelle aussi que l’estimation de ressources de Kokoseb a progressé ces dernières années. Ces chiffres viennent toutefois d’une phase encore évolutive du projet. Ils doivent donc être lus comme des paramètres de travail, pas comme une réalité déjà installée.

Ce que Kokoseb dit de l’économie namibienne et de l’Afrique australe

Pour la Namibie, l’enjeu dépasse le seul volume d’or extrait. Le pays cherche depuis plusieurs années à diversifier une économie encore très dépendante des mines d’uranium, de diamants et de quelques actifs métalliques. Dans ce cadre, chaque nouveau projet aurifère compte, car il crée des emplois directs, des contrats de logistique, des débouchés pour les prestataires et des recettes fiscales futures. Mais les retombées ne seront pas les mêmes partout : elles se concentreront d’abord autour des zones d’implantation, des axes routiers et des localités capables de fournir services et main-d’œuvre qualifiée.

Le choix d’un directeur de projet expérimenté répond à cette réalité. Passer de la géologie au chantier impose de maîtriser les autorisations, les relations avec les communautés riveraines, les études environnementales et les délais de financement. En Namibie, le cadrage réglementaire passe par les services du ministère chargé des mines et par les procédures d’évaluation environnementale. Le projet Kokoseb est d’ailleurs documenté dans les registres officiels liés à l’autorisation environnementale, signe qu’il franchit les étapes administratives qui séparent le potentiel minéral d’un site réellement aménagé.

Le contexte financier compte aussi. L’or a conservé un rôle de valeur refuge sur les marchés depuis 2025, ce qui soutient les projets capables de démontrer une qualité géologique et une discipline de coûts. Pour les développeurs juniors, cela ouvre une fenêtre favorable. Mais cette fenêtre ne remplace pas la technique. Un projet peut être riche en ressources et rester fragile s’il tarde à obtenir le permis, si la facture d’infrastructures grimpe ou si le financement se durcit.

Dans l’espace d’Afrique australe, Kokoseb s’inscrit enfin dans une dynamique plus large de montée en gamme minière. La SADC, communauté économique régionale de la sous-région, pousse depuis longtemps à mieux intégrer les chaînes minières, l’énergie et le transport. Pour Windhoek, l’intérêt est clair : transformer une ressource extraite en activité plus structurée, avec davantage de valeur ajoutée locale et une meilleure articulation entre État, opérateurs privés et entreprises namibiennes.

La suite se jouera d’ici la fin du troisième trimestre 2026, avec la finalisation de l’étude de faisabilité, l’avancement du permis minier et la recherche de capitaux. Si ces jalons sont tenus, Kokoseb pourrait rejoindre le petit groupe des mines d’or qui comptent en Namibie. S’ils dérapent, le projet restera dans la longue file des gisements prometteurs qui n’ont pas encore franchi le cap industriel. Dans les deux cas, l’épisode rappelle une constante du secteur minier africain : la ressource ne suffit pas, il faut aussi la capacité de l’État, de l’opérateur et du territoire à transformer un sous-sol en économie réelle.