Un continent plus visible, mais pas uniforme
Le tourisme mondial a retrouvé un niveau de solidité que beaucoup d’économies espéraient depuis la crise sanitaire. Pour l’Afrique, cette reprise n’a rien d’abstrait : elle se lit dans les aéroports, les parcs nationaux, les médinas, les sites archéologiques et les littoraux. Elle se mesure aussi dans les recettes publiques, l’emploi hôtelier, le transport aérien et les petites entreprises qui vivent des visiteurs. Selon ONU Tourisme, l’Afrique a accueilli environ 81 millions de touristes internationaux en 2025, dans un mouvement de reprise qui s’est accompagné d’une hausse des recettes mondiales du secteur.
Mais il faut lire ces chiffres avec nuance. Le continent ne progresse pas au même rythme partout. L’Afrique du Nord tire l’ensemble vers le haut, tandis que l’Afrique subsaharienne avance, elle aussi, mais sur des bases plus contrastées. Cette différence tient à la connectivité aérienne, à la stabilité perçue, à la qualité des services, à l’investissement privé et à la capacité des États à structurer une offre cohérente. ONU Tourisme rappelle d’ailleurs que ses statistiques reposent sur des données collectées auprès des pays, ce qui en fait un bon thermomètre des tendances, mais aussi un outil qui demande des recoupements nationaux.
Le Maghreb en première ligne
Au nord du continent, le Maroc a pris l’avantage. Le royaume a enregistré 19,8 millions d’arrivées internationales en 2025, selon ses propres données budgétaires et économiques, un record porté par l’essor des liaisons aériennes, la diversification des marchés émetteurs et la montée en gamme de l’offre. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Italie figurent parmi les marchés qui alimentent cette dynamique. Le tourisme y pèse désormais lourd dans l’économie nationale, avec une contribution affichée à 7,3 % du PIB et des recettes voyages à un niveau record.
La Tunisie, de son côté, a franchi le seuil des 11 millions de visiteurs en 2025, selon le ministère tunisien du Tourisme. Le pays s’appuie sur une reprise progressive, une offre balnéaire connue de longue date, mais aussi sur une volonté de diversification, notamment vers le tourisme intérieur, le patrimoine et les séjours hors saison. Cette stratégie est importante pour un secteur qui reste sensible aux chocs extérieurs et aux variations de marché.
Égypte et Afrique australe : deux modèles, deux moteurs
L’Égypte reste l’un des poids lourds du tourisme africain. Le pays a accueilli 19 millions de touristes en 2025, en hausse marquée par rapport à 2024, selon les autorités égyptiennes. Le ministre du Tourisme et des Antiquités a mis en avant la compétitivité de la destination, l’effet des vols charters et la diversité du produit touristique, des pyramides de Gizeh aux temples de Louxor, sans oublier le Grand Musée égyptien, ouvert en 2025 selon le récit officiel. Le gouvernement vise 30 millions de visiteurs par an à l’horizon 2028.
Plus au sud, l’Afrique du Sud avance avec une logique différente. Le pays a enregistré 10,48 millions d’arrivées internationales en 2025, son meilleur niveau historique, selon le ministère sud-africain du Tourisme. Pretoria mise sur la facilitation d’entrée, la connectivité et des politiques de croissance ciblées. Le secteur a aussi retrouvé un poids macroéconomique notable, avec une contribution à 4,9 % du PIB en 2024 et près d’un million d’emplois directs recensés par les autorités. Ici, l’enjeu n’est pas seulement d’attirer davantage de visiteurs, mais de mieux répartir les retombées entre grandes villes, régions viticoles, littoraux et espaces naturels.
L’Afrique de l’Est cherche l’équilibre entre croissance et accès
Le Kenya reste un cas stratégique en Afrique de l’Est. Les documents de planification du ministère kényan montrent une reprise solide, avec des arrivées internationales autour de 2,4 millions en 2024 et des recettes de l’ordre de 452,2 milliards de shillings kényans. Les autorités visent désormais une montée en gamme vers le MICE, c’est-à-dire les congrès, conférences et salons, en plus du safari et des produits culturels. Le ministère a aussi insisté sur la simplification des formalités, l’amélioration de la sécurité touristique et la promotion des marchés africains et asiatiques.
La Tanzanie suit une trajectoire proche, mais avec sa propre géographie touristique. Selon la Banque de Tanzanie, les arrivées internationales ont atteint 2 294 495 en 2025, tandis que les recettes touristiques ont grimpé à 4 410,6 millions de dollars, soit une hausse de 13 %. Les autorités veulent maintenant aller plus loin, avec un cap de 8 millions de touristes par an d’ici 2030 et une part du tourisme dans le PIB appelée à progresser. Le défi reste classique mais décisif : infrastructure, accès, conservation des parcs et équilibre entre promotion et protection des communautés locales.
Ce que cette dynamique change pour l’Afrique
Ces performances disent quelque chose d’important. Le tourisme n’est pas un secteur secondaire. Il irrigue les compagnies aériennes, les hôteliers, les guides, les artisans, les restaurateurs, les transporteurs et les collectivités locales. Il soutient aussi des politiques publiques plus larges : visa, sécurité, transport, numérisation des frontières, formation professionnelle et investissement dans les infrastructures. Quand les États africains améliorent la connectivité et la qualité du service, les effets se voient vite dans les revenus et l’emploi.
Cette carte du tourisme africain montre aussi une compétition plus nette entre destinations. Le Maroc et l’Égypte captent une large part des flux nord-africains, l’Afrique du Sud joue la carte de la profondeur économique et de la mobilité, tandis que le Kenya et la Tanzanie cherchent à transformer leur avantage naturel en valeur ajoutée plus durable. La question centrale, désormais, n’est plus seulement le volume des arrivées. Elle porte sur la qualité des dépenses, la durée des séjours, la circulation des revenus dans les territoires et la capacité des États à protéger les sites sans exclure les populations riveraines. C’est là que se jouera, dans les prochains mois, la solidité de cette reprise africaine.